Lundi 4 février 2008
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Eh oui, je m'intéresse plus à mon avenir aujourd'hui, mon avenir de demain. Donc je poserai ici quelques pages de mes souvenirs de la secte bouddhiste non pas en tant qu'ancienne, parce que pour moi c'est impossible de m'identifier aux anciens, qui sont et restent des adeptes, mais pour le témoignage et l'aide qu'il pourrait éventuellement apporter. Bien que je ne prêcherai que des convertis,c 'est comme ça ! Faut être lucide
Donc voici ces quelques extraits :
Janvier 1995
La voiture de mon ami Olivier se gare devant la chartreuse. C’est la nuit, nous déchargerons demain. Avec mon enfant dans les bras, et mon ami qui porte quelques affaires, nous nous dirigeons vers notre logis.
Nous nous installons dans une chambre de la résidence « Orgyen », au rez-de-chaussée. Il fait glacial dehors, j’ai laissé la fenêtre entr’ouverte conformément à mes habitudes de citadine. Je la referme dans la nuit. J’entends quelqu’un d’autre qui dort dans une pièce à-côté. C’est Chloé. Je ferai sa connaissance le lendemain.
Je suis enchantée. Je suis aux anges, ceux que je crois les miens à ce moment-là. Je suis entrain de m’installer dans la vie de mes rêves. Cette vie dont je parlais parfois à mes amis en parlant de mon « trip ». Mon fantasme de vie, ce que je ne croyais être qu’un songe irréaliste. J’entends dans la nuit le tintement limpide et régulier de la cloche du stupa. Mon fils m’accompagne, je le regarde s’endormir avec une inquiétude sourde dans mon cœur. Je ne suis pas sure du succès de mon intégration dans la communauté. Il semblerait que les familles qui ont tenté de s’installer à l’Institut ont échoué dans leur organisation, laissant derrière elles le souvenir de conflits, de problèmes à résoudre, dus à leur incapacité à s’adapter, me dira-t-on plus tard. Je ne suis pas à l’aise d’arriver ainsi avec mon enfant dans cette communauté. Néanmoins, l’enthousiasme et l’optimisme l’emportent sur mes idées noires. Je suis heureuse, enfin.
J’ai enfin trouvé le lieu qui me permettra d’accomplir ce que je crois être ma destinée. Je me sens entièrement vouée à la pratique de la méditation, à l’étude des enseignements du bouddhisme tibétain qui en décrivent l’apprentissage, la pratique et le but, l’éveil. Je découvre cet endroit qui ne cessera de m’enchanter tout au long de ce bout de vie qui durera dix ans. La merveille de vivre au cœur d’une forêt sauvage, très peu fréquentée par les promeneurs. Nous sommes dans les Alpes, massif de Belledone en face du massif de la Grande Chartreuse. Lorsque l’on monte au dessus de l’Institut, on peut voir très loin. Ce sont les Alpes en pentes douces, les premières montagnes qui s’élèvent, sans agressivité, pas de vallées sinueuses et encaissées, pas de pics et de dents acérées qui découpent le ciel. La nature y est douce et sauvage à la fois. Une merveille. Les animaux traversent souvent la route devant nos phares, nous croisons ainsi régulièrement biches et chevreuils, renards, blaireaux et chats sauvages… Le chant des oiseaux rythment la danse des jours qui naissent et meurent à l’Institut, ainsi vont mes pensées de paix. Je suis en paix, mais aussi dans l’espoir de cette paix. C’est là que le bas blesse…
Mon enfant m’accompagne serein et confiant, il a confiance en sa maman, il n’a qu’elle, il n’a pas bien le choix. Il est triste d’avoir quitté Paris. A Paris est resté son père. Son père qu’il adore. Mon petit garçon de trois ans adore son père et c’est bien normal. Son père adore aussi son petit garçon. C’est notre déchirure. C’est un des voiles que j’apporte avec moi dans ma valise, croyant l’avoir laissé avec les problèmes là-bas, à Paris. Mon cher petit garçon est mon rappel à la vie et je ne m’en doute pas encore.
Je m’organise. On me demande de travailler six heures par jour, six jours sur sept. En échange de quoi, moi et mon enfant sommes logés, nourris, chauffés, pris en charge par la communauté. En réalité, on me demande de régler tous les mois une pension de 1500 francs prétextant que je touche le RMI. Je suis ardente dans ma participation aux travaux, dans mes tâches comme dans la pratique et l’étude de la méditation. Les contingences matérielles ne m’intéressent pas et je trouve cet arrangement plus que profitable pour moi et mon fils. Après tout, j’habite dans un endroit merveilleux et j’ai fait un choix de vie en pleine conscience dans lequel tout souci de confort est exclu. Tout ce qui n’est pas dédié aux Autres n’est pas opportun, qu’on se le dise.
Janvier 2006.
Je ne connais pas encore la fin de mon histoire. C’est un pari que je fais avec moi-même. Depuis longtemps. J’attends la réponse. J’espère vous la raconter la réponse avec la fin de ce livre. J’y ai tout misé dans ce pari. Tout parce qu’il ne reste plus rien. Le tout y est passé. Il me reste quand même quelques perles de vie de ci de là, des enfants qui s’épanouissent, qui ont l’air joyeux. Ils courent, tombent, pleurent, rigolent aux larmes autour de moi, ça crie beaucoup. C’est vivant. C’est ça mes perles.
Je voie aussi quelques étincelles dans ces longues journées qui s’écoulent d’apparence morne et grise comme ce mois qui s’étire dans son gel. Ces étincelles sont faites de rencontres fortuites pleines de sens, de résonnances, de coïncidences si merveilleuses qu’on les oublie presqu’instantanément. La magie du réel quand il n’y a plus rien que les enfants et l’amitié.
J’avais envie de mourir ce matin de rejoindre mes anges favoris, ceux dont je me sens la sœur, ceux dont je me sens faite de la même chair et du même tempérament. Je trouve malencontreux de s’identifier à des morts. Car il faut appeler un chat un chat, ceux que j’admire en ce bas-monde pour leur œuvre sont bel et bien disparus. Disparus dans l’absurde, le crime, la négligence et le mensonge. Disparus dans leur plus bel âge, à l’apogée de leur excellence. On ne peut pas mieux faire : disparaître avant de nuire. Le plus bel âge, celui de notre innocence à peine désenchantée mais suffisamment pour ne pas mourir idiot. Et puis mourir. Ne laisser que le souvenir d’une plainte absurde et douce comme une empreinte de bonté inachevée, empêchée, tuée.
Mais quand même on trouve ça beau, les gens qui meurent jeunes. Ca soulage certains et même la plupart. On ne peut pas rester jeune éternellement. C’est quoi jeune ? Bon sang mais c’est ce qu’on appelle être vivant tout simplement ! C’est ce qu’on appelle le regard neuf, la naïveté, attention pas la bêtise !!! La naïveté… C’est pas la bêtise la naïveté, c’est justement pas ça, c’est même plutôt le manque de naïveté qui nous brime. On croit vivre, on survit. Alors on trouve ça beau chez ces jeunes qui meurent comme des torches vivantes. On se dit que la jeunesse ne peut pas survivre à la jeunesse et que tout meurt et s’épuise et même la vie.
Surtout la vie. Regardez moi cette terre.
Je dirai plutot globe, parce que c'est mon espace fermé, qui se croit tout seul alors que tout le monde le regarde, je pourrai meme le
nommer aquarium, mon aquarium, voilà mes premières pensées sur ce que je vis là en commencant à écrire à tout le monde et à
personne, tout ça au sens propre, et c'est pas simple…